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Introduction

Jusqu’aux dernières décennies du siècle dernier, on ne s’était guère soucié de réfléchir sur la famille : la famille était là, depuis toujours. Elle était le milieu naturel où l’homme naissait, grandissait, vivait, et, dans les cas heureux, achevait sa vie, entouré de ses enfants et petits enfants. Certains contestaient bien la famille, en la trouvant étouffante, conditionnant, ou, comme les marxistes, reflet de l’inégalité sociale. Mais en fait l’existence même de la famille, et son utilité, ne posaient guère de question : qu’on l’aimât ou non, il fallait faire avec.

Les plus fortes attaques contre la famille venues des penseurs anarchistes et apparentés, depuis les Charles Fourier, Emile Henry, Alfred Naquet jusqu’aux actuels Wilhelm Reich et Herbert Marcuse étaient en fait rassurantes, car, dans le rejet des « institutions oppressantes et aliénantes » elles mettaient la famille sur le même plan que l’Etat et reconnaissaient de ce fait, implicitement, sa force et sa légitimité en tant qu’institution. De plus, ces penseurs anarchistes commettaient dans leurs attaques la même erreur que les « traditionalistes » comme Joseph de Maistre et Louis de Bonald, en ne considérant que l’aspect social de la famille et en étant aveugles à ce qu’est la famille dans son essence.

Cette absence de réflexion sur la nature et le sens anthropologique de la famille explique peut-être pourquoi nos contemporains ont été pris au dépourvu par la dite « crise de la famille » et ont aujourd’hui bien du mal à analyser et à comprendre la situation plus ou moins chaotique que connaît sur le plan familial le monde d’aujourd’hui, dans ses parties matériellement les plus développées.

En fait, cette crise de la famille que dénonçait le Pape Jean Paul II en 1994, avait commencé déjà depuis plusieurs décennies, avec ce qu’il est coutume d’appeler le « déclin de la famille traditionnelle ».