print

La crise de la famille : quelques chiffres

Les chiffres impressionnent: aux Etats Unis de 1970 à 2009 la proportion d’enfants de moins de 18 ans vivant avec deux parents mariés a décru régulièrement de 85 à 68 %, avec une tendance récente à la stabilisation à 68% (2008), ce qui est le taux le plus bas dans le monde. La proportion d’enfants vivant avec une famille monoparentale (mère seule) a augmenté durant la même période de 11% à 24% (23% en 2008). 19,2 millions d’enfants vivent aux Etats Unis avec un seul parent (3 million avec un père, 16 millions avec une mère). 24 millions d’enfants aux Etats Unis vivent sans leur père biologique. Le taux de naissance de mères non mariées est passé de 5.5% en 1960 à 32,2 % en 1995 et 40,6% en 2008. Entre 1970 et 1995 le nombre de familles monoparentales a doublé aux Etats Unis. Une maisonnée sur trois aux Etats Unis est aujourd’hui conduite par un seul parent (14,9 millions) . Le nombre d’enfants nés hors mariage s’est multiplié par 500% avec la dernière génération. En Europe de l’ouest le nombre de mariages a diminué de 40% au cours de la dernière génération, et le taux des naissances est tombé de 25%.

Ces changements sont survenus sur un fond de transformations économiques qui ont amené des millions de femmes dans le marché du travail et engendré une compétition pour les postes de travail qui amène souvent les parents à travailler à des centaines, voire à des milliers de kilomètres du foyer familial. Les personnes qui désirent avoir une famille aujourd’hui, avec plusieurs enfants, et entendent s’occuper de l’éducation de leurs enfants rencontrent de nombreux obstacles, et doivent faire parfois face à des défis quasi insurmontables.

1) Baisse du nombre des mariages
2) On se marie de plus en plus tard
3) Augmentation du nombre des divorces
4) Union libre et cohabitation
5) Augmentation du nombre de femmes au travail
6) Diminution du nombre des naissances
7) Resserrement des naissances sur la famille à enfant unique
8) Des mères plus âgées
9) Les familles recomposées


1) Baisse du nombre des mariages : la baisse de la nuptialité a commencé d’apparaître en Suède et au Danemark vers 1965, et s’est étendue progressivement au reste de l’Europe occidentale, Suisse et Allemagne d’abord, puis Angleterre et Norvège, enfin France et Italie. Le nombre annuel de mariages en France est passé par un maximum en 1972 (416.521) et n’a cessé de baisser depuis. Tandis que 455.000 mariages étaient célébrés en 1920, il n’y en avait plus que 320.000 en 1960, et 260.000 en 2007.

Haut de page ▲

2) On se marie de plus en plus tard : au début du XXème siècle, en Europe occidentale les mariages étaient relativement tardifs et un nombre relativement important d’individus restaient célibataires. Plus de 10% des femmes nées vers 1880 (20% dans le nord de l’Europe) sont restées célibataires et celles qui se mariaient le faisaient en moyenne à 26 ou 27 ans. Le non-mariage était alors un régulateur essentiel de la fécondité. Dans la première moitié du XXème siècle, les choses changent et le mariage se généralise : à peine 5% des femmes nées vers 1940 sont restées célibataires et le mariage devient plus précoce (22-24 ans en moyenne au début des années 1960). Les mariages n’avaient jamais été aussi fréquents ni aussi précoces en Europe occidentale depuis au moins deux siècles. Mais cette montée de la nuptialité s’accompagne aussi d’une montée des divorces, en particulier dans les pays du nord de l’Europe. Ces deux changements - poussée des mariages et moindre stabilité de ceux-ci - reflètent la nouvelle stature du mariage, fondé de plus en plus exclusivement sur les sentiments réciproques des conjoints. A partir de la fin des années soixante, le nombre de divorces par année continue d’augmenter et l’âge de l’accès au mariage recommence à se faire plus tardif.

  • 1950 : les hommes se marient en moyenne à 25,9 ans, les femmes à 23,1 ans.
  • 1999 : les hommes se marient en moyenne à 29,9 ans, les femmes à 27,8 ans.
  • 2008 : les hommes se marient en moyenne à 31,6 ans, les femmes à 29,7 ans.

Haut de page ▲

3) Augmentation du nombre des divorces : cette augmentation a commencé à se manifester en Europe dès la première moitié du XXème siècle, en association avec une plus grande précocité du mariage : ce n’étaient plus les familles qui arrangeaient les mariages, et en garantissaient la stabilité et la pérennité, mais ils étaient de plus en plus le fait de l’attraction mutuelle des conjoints, et n’étaient plus encadrés ni garantis par une structure familiale contraignante et qui soutient. L’augmentation des divorces s’est surtout marquée depuis la fin de la seconde guerre mondiale. De nouvelles législations, plus libérales, ont facilité cette hausse, mais celle-ci avait commencé déjà avant les nouvelles lois. Le nombre annuel des divorces s’est stabilisé de 1953 à 1964 autour de 34.000 [1]. Depuis 1964, il a augmenté régulièrement (près de 30.000 en 1960, 116.000 en 1997, 140.000 en 2006, et un mariage sur trois, un sur deux dans les villes, en 2007). En même temps, la précocité des divorces s’est accrue : l’ancienneté moyenne du mariage au moment du divorce était de 10,5 ans pour les mariages des années 1960-64. En 1977 elle était tombée à 9,4 ans. Actuellement le pic se situe à 4 ans : le taux de divorce est maximum dans les 3 à 6 ans après le mariage (Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques, INSEE), France).

Haut de page ▲

4) Union libre et cohabitation : à la baisse du nombre des mariages et à l’augmentation du nombre des divorces dans la société s’est ajoutée une augmentation des « non-mariés », en particulier chez les jeunes. L’écart entre deux tendances divergentes - mariage plus tardif et accroissement des divorces - a été comblé par le développement de la cohabitation, vie maritale commune sans officialisation par le mariage. L’importance de telles unions s’est manifestée dès 1975 : elle concernait alors 30% des femmes de 20-24 ans au Danemark et en Suède, 11 à 15 % en Allemagne, Finlande, France et Norvège. Tandis qu’en France et en Allemagne de telles cohabitations, lorsqu’elles duraient, se transformaient le plus souvent en mariage, tel n’était pas le cas en Suède où les cohabitations tendaient à durer sans aboutir à un mariage. Par la suite, l’importance du phénomène n’a fait que se confirmer.

  • En France, l’institution du PACS (Pacte Civil de Solidarité) en 1999, a apporté une note particulière à la cohabitation. Mis en place pour permettre aux homosexuels de détenir un statut contractuel, ce mode d’union a séduit de plus en plus les hétérosexuels, qui représentent maintenant 93% des personnes « pacsées ». Evolution des Pacs : 22.276 en 2000, 60.500 en 2005 (50% plus qu’en 2004), 77.362 en 2007, 144.000 en 2008. En 2009 : pour trois mariages célébrés, deux pacs ont été conclus.
  • Naissances hors mariage : en 2007, pour la première fois, le nombre d’enfants nés hors mariage a été supérieur au nombre d’enfants issus de parents mariés (50,5% contre 49,5%). En 2009, 53% des naissances se sont faites hors mariage contre 6% en 1976. Cette progression touche tous les pays européens, mais dans certains pays comme la Grèce (6% des naissances), l’Italie (22%) ou l’Allemagne (32%) les naissances hors mariage sont encore loin d’être la norme.

Haut de page ▲

5) Augmentation du nombre de femmes au travail : alors que dans la famille traditionnelle, les femmes étaient au foyer, assurant le service de la maisonnée et la garde des jeunes enfants, les femmes ont aujourd’hui largement accès au travail du fait de l’évolution des mentalités, de l’adaptation des lois et aussi du fait des nécessités économiques. Tandis que 35% de la population au travail en France étaient des femmes en 1960, ce chiffre atteignait 48% en 1998, 46,4% en 2005. Chiffre projeté pour 2010 : 46,7% part des femmes au travail.

Haut de page ▲

6) Diminution du nombre des naissances : en France, le nombre annuel de naissances et l’indicateur de fécondité sont globalement stables depuis 25 ans. Après les années « baby boom » (1946-1973), le nombre des naissances a baissé rapidement entre 1972 et 1976, avant de remonter puis de se stabiliser autour de 750.000 naissances par an. L’indice de fécondité (nombre moyen d’enfants par femme) était de 2,93 en 1950 et a descendu à 1,78 en 1990 avant de remonter dans les années 2000 (1,99 en 2009). Estimations en 2008, indicateur de fécondité : Allemagne 1,37 ; Japon 1,40 ; France 2 ; Etats-Unis 2,1 ; Pakistan 3,73 ; Nigeria 5,15.

Haut de page ▲

7) Resserrement des naissances sur la famille à enfant unique : avant la seconde guerre mondiale, la répartition des enfants selon les familles était assez inégale : pour une fécondité moyenne par femme de 2 enfants, les familles nombreuses (six enfants et plus), qui ne représentaient que 7,4% des familles, donnaient 23,1% des enfants. Près d’un quart des enfants provenait ainsi de familles ayant au moins six enfants, et près de la moitié de familles ayant au moins quatre enfants. Mais on relevait en même temps qu’un quart des familles n’avaient qu’un seul enfant et que 16,5% des familles n’avaient pas d’enfants. A partir des années soixante, on observe une baisse des familles ayant six enfants et plus. A partir de 1972 moins d’un enfant sur 10 vient de familles de six enfants ou plus et un enfant sur quatre est issu de familles d’au moins quatre enfants. Corrélativement, les enfants uniques et les enfants issus de familles de deux enfants sont beaucoup plus nombreux : de 7% vers 1957 à 14% vers 1973 pour les enfants uniques, de 18 à 36% pour les enfants de familles à deux enfants. Entre les années 1950 et 1970 on est passé du modèle de la famille à deux enfants au modèle de la famille à enfant unique : 35,2% en 1959, 46,7% en 1974.

Haut de page ▲

8) Des mères plus âgées : la stabilité de l’indicateur de fécondité masque des changements importants dans la structure par âge. Depuis 25 ans, la fécondité a beaucoup baissé aux âges jeunes : elle a été divisée par trois pour les 14-19 ans et par deux pour les 20-24 ans. La fécondité a été globalement stable pour les femmes de 25-29 ans, s’est multipliée par deux pour les 30-34 ans et par 2,5 pour les 35-39 ans. En 2000, la fécondité des 35-39 ans a rejoint le niveau des 20-24 ans. Tandis qu’en 1998 16,3% des enfants étaient nés d’une mère ayant 35 ans et plus, cette proportion s’est élevée à 19,7% en 2005, à 21,4% en 2008 et à 22% en 2009. Age moyen à la maternité :

1977 1980 1989 1995 1999 2000 2005 2006 2008 2009
26,5 26,8 28,2 29 29,3 29,4 29,7 29,7 29,8 29,9

Haut de page ▲

9) Les familles recomposées : la multiplication des divorces et des séparations, et la fréquence du remariage civil après l’échec du mariage, fait qu’un nombre toujours croissant d’enfants ne vivent plus avec leurs deux parents biologiques. Beaucoup vivent en famille monoparentale. Quand le parent gardien forme un nouveau couple, on parle de « famille recomposée » : un couple élève un ou plusieurs enfants qui ne sont pas tous de lui.

Haut de page ▲

En 1990 [2], 1,46 million d’enfants vivaient dans une famille recomposée. Sur 14,1 millions de jeunes de moins de 19 ans vivant en France, on comptait 1,4 millions d’enfants vivant dans des familles monoparentales, dont près de neuf sur dix avec leur mère, et 950.000 enfants de moins de 25 ans qui vivaient avec un de leurs parents et un beau-parent; parmi eux, 750.000 avaient moins de 19 ans. En additionnant ces catégories, c’étaient plus de deux millions d’enfants de moins de 19 ans qui ne vivaient pas avec leurs deux parents biologiques, soit environ 15%. Les 950.000 enfants de moins de 25 ans qui vivaient avec un beau-parent appartenaient à 660.000 familles. La situation était donc la suivante:

  • 7.133.000 dont tous les enfants (14.620.000) sont du couple actuel.
  • 660.000 familles recomposées comptant 1,46 million d’enfants de moins de 25 ans, 512.000 du couple actuel et 950.000 d’une autre union.

Lors du recensement de la population française, en 1999, la France comptait 16 millions de familles, dont 8,6 millions de familles avec enfants de moins de 25 ans, qu’il s’agisse de couples (7,1 millions) ou de familles monoparentales (1,5 millions). Le nombre de familles avec enfants de moins de 25 ans avait diminué de 3,4% par rapport au précédent recensement. Le nombre de couples sans enfants avait augmenté de plus de 15%. En 1999, il existait près de 708.000 familles recomposées, dans lesquelles se trouvaient plus de 1,5 million d’enfants, soit une augmentation de près de 10% par rapport à 1990. En 1999:

  • 6.474.000 familles traditionnelles, avec 12.004.0000 enfants
  • 1.640.000 familles monoparentales, avec 2.747.000 enfants
  • 708.000 familles recomposées avec 1.583.000 enfants.

En 2006 : 1,2 millions d’enfants de moins de 18 ans vivent au sein d’une famille recomposée, en France métropolitaine, soit 8.8% des enfants de moins de 18 ans.

  • 580.000 familles recomposées
  • 10.250.000 enfants vivent avec leurs deux parents (75%)
  • 3,3 millions d’enfants ne vivent plus avec leurs deux parents, le plus souvent suite à une séparation des parents.
  • 2,2 millions d’enfants vivent au sein d’une famille monoparentale (16,4%): 1,9 millions avec leur mère (14%), 300.000 avec leur père (2.2%).
  • 1,2 millions d’enfants vivent au sein d’une famille recomposée. Parmi eux 780.000 vivent avec un parent et un beau-parent (5,8%), le plus souvent un beau-père (600.000).
  • 400.000 enfants sont nés après la recomposition familiale: ils résident donc avec leurs deux parents et un demi-frère ou une demi-soeur.

Les 1.2 millions d’enfants vivant dans une famille recomposée se répartissent en:

  • 420.000, enfants d’une autre union. Les enfants vivent dans une famille recomposée sans enfants du couple actuel
  • 380.000 sont enfants du couple actuel
  • 360.000 enfants d’une autre union.
Familles199019992006
Traditionnelles 7.083.000 (77.6%) 6.474.000 (73.4%) 4.743.000 (63%)
Monoparentales 1.398.000 (15.3%) 1.640.000 (18.6%) 2.209.000 (29.3%)
Recomposées 646.000 (7.1%) 708.000 (8%) 580.000 (7.7%)
Enfants dans:199019992006
Familles 2 parents 14,6 millions 12,4 millions 10,3 millions
Familles 1 parent 1,4 millions 2,7 millions 2,2 millions
Familles recomposées 1,5 millions 1,5 millions 1,2 millions

Haut de page ▲

[1] M.L. Lévy, "Divorces et divorcés, Population et sociétés, février 1981, n°144

[2] G.Desplanques, "Les familles "recomposées" en 1990". Population et sociétés, janvier 1994, n°286.