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La famille, consensus social modifiable

La troisième thèse du mouvement hostile à la famille est peut être la plus pernicieuse, parce qu’elle touche au fondement même de la famille, c’est-à-dire à son caractère d’institution naturelle. Selon cette thèse, la famille et le mariage ne seraient pas des institutions naturelles, mais le résultat d’un consensus de caractère historique, culturel, et donc sujet à modifications.

Les écrits diffusés par l’ONU, les études accueillies avec préférence, et la majorité des exposés des rapporteurs choisis pour les différentes rencontres de l’Année Internationale de la Famille se situent dans cette ligne du « consensus ». De cette manière on dénie à la famille sa « vérité », et on réduit ou même on élimine sa réalité de sujet social, dans sa fonction et son rôle fondamental de « cellule première et vitale de la société » (Apostolicam Actuositatem n°11).

Bien que dans les écrits de l’ONU on qualifie la famille, fréquemment, de « base de la société », la façon de la concevoir de fait conduit à sa relativisation systématique et à ne pas comprendre la profondeur et la respectabilité de ses droits. De cette façon, les points qu’avec tant d’opportunité rappelle la Lettre du Saint Père aux Familles, comme la fonction de la famille qui précède celle de la société et celle de l’Etat, avec une « souveraineté » antérieure à celle de l’Etat et ne dépendant pas comme telle de l’Etat (cf. Gratissimam Sane n°17), son rôle en regard de la procréation (cf. Gratissimam Sane n°7, 12), comme base pour une responsabilité stable au sein de la communauté (cf. Gratissimam Sane n°15), son rôle dans l’éducation intégrale des enfants (cf. Gratissimam Sane n°16), etc. sont purement et simplement mis de côté.

Le très influent sociologue français Louis Roussel, plus haut évoqué, auteur du livre « La famille incertaine », invité vedette au Forum de Malte pour l’Année Internationale de la Famille, rejette totalement l’idée que la famille soit une institution naturelle. Entre autres raisons, cet auteur fait remarquer qu’il est difficile de parler de la famille comme issue du « dessein de dieu » lorsque tout un chacun sait que Dieu est le produit de l’imagination de l’homme. Pour Louis Roussel, le champ est ouvert à tous les « ajustements » sur la famille, selon le vouloir des Parlements. Les lois issues de ces Parlements pourront amener les changements que les temps iront en exigeant, sans que cela ne nuise à personne, et d’abord pas à la « liberté » des individus qui prévaut ainsi sur les droits de la famille et sur les requêtes des membres de cette institution. Il est clair que les droits foulés aux pieds dans de telles conceptions sont ceux des sans-défense, des petits, des enfants, des familles économiquement démunies et politiquement sans influence.

La tendance existe, aujourd’hui très influente, ainsi qu’on peut l’observer dans certains des écrits divulgués à l’occasion de l’Année de la Famille, qui considère la famille comme le résultat d’un accord ou consensus social, donc changeable, modifiable, et admettant des transformations qui ne dépendraient que de la volonté des législateurs. Cette position est naturellement plus prononcée et plus radicale lorsque Dieu lui-même est nié, et, par suite, lorsqu’est menacée la vérité de l’homme en son point d’ancrage essentiel.

Le chemin étant ouvert à toutes les formes d’ « union consensuelle », c’est l’incapacité de concevoir une communauté stable, durable, indissoluble qui va en s’imposant, une incapacité de type psychoculturelle renforcée par les pressions de l’environnement. Tout un appareil légal, permissif à l’excès, conspire en ce sens. Rien n’y est fait pour aider ou défendre la famille. La pression en faveur de ce "modèle" est grande. Au nom d’une certaine « modernité » elle s’exerce sur des peuples entiers, voire des continents, quels que soient leurs paramètres culturaux. Le choc d’une telle conception « consensuelle » avec la pensée chrétienne ne peut être que violent et frontal.