C’est dans ce contexte qu’est née et a cru l’anxiété démographique, la peur d’être trop et la conviction qu’il faut « être peu pour pouvoir être mieux et vivre heureux » : mais, alors que les pays plus pauvres, privés de tout, mais riches d’un fort sens de la famille, ont du mal à faire leur cette philosophie, les peuples occidentaux ont appris vite et bien la « leçon ».
On sait que, face à l’augmentation numérique de la population mondiale, passée en 20 ans (de 1973 à 1993) de quatre milliards à l’actuel 5.506.000, et à la prévision de la continuation de cette croissance sur le même mode dans les décennies à venir, on a commencé à craindre qu’il n’y ait plus suffisamment de ressources sur terre pour tous ses habitants, et pour des temps indéfinis.
La préoccupation démographique a concerné avant tout les pays en voie de développement, où l’accroissement de la population - nettement plus important que dans les pays industrialisés - n’est pas accompagné d’un développement correspondant dans les secteurs économiques, sociaux et culturels. Il en résulte dans ces pays une détérioration des conditions de vie, aggravée par les tensions continuelles et les fréquentes guerres qui caractérisent le paysage politique et civil de ces pays.
Face aux enfants tenaillés par la faim, aux mères épuisées physiquement et psychiquement cherchant à donner une goutte de leur lait trop rare à leurs enfants nouveau-nés, aux vastes étendues de terres desséchées et ingrates par manque de traitement approprié, les pays industriels ont pris peur. Les habitants de la terre se multiplient, mais non les ressources ! Nous sommes trop, la planète est surpeuplée ! s’est-on exclamé.
On a parlé de bombe démographique, de bombe "P" (=Population), d’explosion démographique, et on s’est demandé, avec angoisse, ce qui pourrait advenir de la terre si cette « bombe » n’était pas désamorcée. On a brossé des scénarios terrifiants, la faim ne restant plus le propre des pays en voie de développement mais gagnant aussi les pays occidentaux, les guerres et la pollution finissant par avoir raison de toute forme de vie sur la planète.
Si, en fait, une pression souvent violente et inhumaine est exercée sur les pays en voie de développement afin qu’ils réduisent leur nombre de naissances, les habitants des pays industrialisés ont été soumis à un authentique lavage de cerveau. Que dire, en fait, de la campagne antinataliste martelante qui, à partir des années 1950, s’est appliquée à l’opinion publique au travers des mass media, la terrorisant avec des chiffres alarmants sur la divergence entre l’augmentation de la population et la taille de l’espace habitable et cultivable, l’invitant à « donner le bon exemple » ?
Tout semble s’être passé comme si on avait voulu faire comprendre aux pays riches que « s’ils veulent maintenir et améliorer le niveau de vie sur la terre, ils doivent d’eux-mêmes stabiliser leur population, donnant ainsi l’exemple aux pays pauvres. A ces derniers on expliquera qu’un taux élevé de croissance démographique constitue un obstacle décisif à leur démarrage économique » : on crée ainsi une séparation quasi incurable entre mariage et génitalité, couple et famille, activité sexuelle et procréation.
Qu’a-t-on proposé comme solution ? Nous les avons tous entendues: reprenant les vieilles théories malthusiennes, on a réclamé à grands cris que l’accroissement de la population mondiale soit stoppé, et que le nombre des naissances soit désormais contrôlé par tous les moyens possibles.
Tout en acceptant les théories de Malthus, les auteurs du contrôle des naissances n’en ont pas, cependant, approuvé les remèdes que proposait Malthus, les jugeant trop doux et de peu d’efficacité. Les protagonistes du « mouvement néomalthusien », dont le père historique est Francis Place, ont donc proposé des moyens beaucoup plus radicaux pour contenir les naissances, allant de mesures contraires à l’institution familiale - comme l’approbation du divorce, et le refus d’aide économique aux familles ayant de nombreux enfants – à l’encouragement au recours à la contraception, à la stérilisation et à l’avortement.
A la fin des années 1950 fut commencée, comme il a été déjà dit, l’expérimentation de la pilule œstroprogestéronique et diverses organisations internationales se sont mis en branle (comme par exemple l’United Nations Fund for the Population Activities [UNFPA], l’United Nations Development Program [UNDP], l’Organisation Mondiale pour la Santé [OMS], la Banque Mondiale) - et organismes privés pour financer les campagnes de contrôle des naissances. A la contraception se sont ajoutés très vite la stérilisation et l’avortement : « Parmi les facteurs qui ont déterminé la chute de la fécondité (dans les pays du Tiers Monde) – écrit le Père Michel Schooyans, la contraception se place évidemment en excellente position, mais les avortements, devenus plus fréquents, y ont contribué en grande partie. L’avortement est désormais compris parmi les moyens de limiter la fécondité. La stérilisation est encouragée et subventionnée, et on ne néglige pas d’inviter les gens à retarder le mariage » [1].
[1] Schooyans, Aborto e Politica, 1991, Libreria Editrice Vaticana