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Le projet culturel et politique contre la famille

La combinaison de l’idéologie du contrôle démographique, du féminisme radical et de l’idéologie de la révolution sexuelle a abouti en notre temps à un « mode de penser politiquement correct », largement relayé par les mass médias, toujours plus tolérants vis-à-vis de l’union libre, du divorce, du refus de l’enfant et de l’avortement, et toujours plus critique vis-à-vis de la famille - qualifiée de « traditionnelle ».

Cette tendance « anti-famille » s’est manifesté ouvertement en 1994, tout particulièrement lors de la préparation de la Conférence du Caire. L’année 1994 avait en effet été déclarée « Année de la Famille » par l’Organisation des Nations Unies, et bien des espoirs avaient été placés sur cette décision, qui devait permettre d’ouvrir à l’échelon mondial un débat sérieux et approfondi sur la situation de la famille dans le monde contemporain, ses difficultés, ses espoirs, et les mesures politiques et économiques que chaque Etat pourrait prendre en vue de permettre à la famille d’assumer au mieux son rôle. C’est ainsi que Madame Simone Veil, Ministre français des affaires sociales, de la santé et de la ville, déclarait alors : « L’année internationale de la famille doit être le moment privilégié pour mener une réflexion approfondie sur l’évolution, le rôle et la place des familles dans notre société ». Dans un monde en pleine évolution où tout semblait devoir tourner au provisoire et à l’éphémère, la famille « cellule de base de la société » semblait en effet « la mieux placée pour survivre à toutes les crises de notre civilisation », comme l’avait dit le Président Georges Pompidou en 1970 [1].

En dépit de ces prémisses favorables, et bien que l’importance de la famille ait été particulièrement reconnue et soulignée par tous les orateurs ayant pris la parole lors de la 49ème Assemblée Générale des Nations Unies, les résultats concrets de cette « Année de la Famille » n’ont pas frappé par leur abondance, leur nouveauté ou leur hardiesse. Même dans les pays où des lois en faveur de la famille avaient été proposées dans les Parlements, l’adoption ou l’application de ces lois se sont fait attendre. Pourquoi un tel manque d’enthousiasme ? C’est que, entre le moment où la décision avait été prise de célébrer la famille, comme base de la société et première démocratie au monde, et le moment où les premières célébrations ont commencé, toute une évolution s’était faite dans les esprits, et particulièrement au niveau des instances internationales, conduisant d’une vision de la famille comme base et phare de la société, à une vision d’une famille incertaine, qu’on ne savait même plus définir, et pour laquelle il valait mieux du reste parler au pluriel, tant les modèles de familles paraissaient variés. Un livre marquait alors de son influence tous les débats sur la famille : l’ouvrage La famille incertaine écrit par le sociologue Louis Roussel en 1989, et qui soulignait le fait que, au moins dans les pays économiquement développés, la famille avait cessé d’être le bastion sur lequel s’appuyait la société, pour devenir trop souvent son maillon faible.

Au fur et à mesure qu’avançait cette année certains développements apparaissaient, en particulier dans les réunions internationales organisées sous l’égide de l’ONU, qui ne laissaient pas d’inquiéter. Le 17 avril 1994, de la même place Saint Pierre où il avait lancé la participation de l’Eglise à l’Année Internationale de la Famille, le Pape Jean Paul II exprimait sa « douloureuse surprise » devant ces développements.

De quoi s’agissait-il ? D’un mouvement culturel et politique, dirigé contre la famille, et qui, déjà perceptible depuis plusieurs années, s’était comme condensé, cristallisé en cette Année de la Famille. La famille se trouvait comme le point de rencontre - et d’affrontement - entre les forces axées sur l’amour et la vie, expression de la « civilisation de l’amour » qu’évoquait la « lettre aux Familles » de Jean Paul II, écrite au mois de février de cette année 199451, et des forces plus obscures, que l’Encyclique Evangelium Vitae, publiée en Mars 1995, désignait comme des « forces de mort », et dans lesquelles l’Encyclique voyait l’expression d’une certaine « culture de mort » contemporaine.

Devant cette condensation soudaine, véritable « cristallisation », des discours et déclarations dirigés contre la famille, le Pape Jean Paul II avait alors exprimé en ces termes sa profonde préoccupation :
« Cette année est dédiée à la famille par l’Eglise, mais, avant encore, par les Nations Unies... Nous sommes préoccupés que cette Année pour les familles ne devienne une Année contre la Famille. Et elle pourrait devenir facilement l’Année contre la Famille si ces projets... deviennent véritablement les projets de la Conférence Mondiale du Caire. »
(L’Osservatore Romano, 7/4/1994)

De quoi s’agit-il ? D’un véritable projet culturel et politique, dirigé contre la famille et contre la vie, concerté, habilement poussé par des tendances essentiellement idéologiques qui agissent toujours plus ouvertement. Les protagonistes de ce mouvement affirment que la Famille n’est pas un bien nécessaire, et que, de toutes façons, il n’existe pas un type de famille, mais divers modes de vivre les relations sexuelles et les processus de filiation, tout aussi respectables sinon plus que ceux de la Famille « classique » et donc tous habilités à obtenir la reconnaissance juridique et les avantages accordés jusqu’ici à la seule famille « normale » (c’est -à-dire hétérosexuelle, fondée sur le mariage, l’union exclusive et la fidélité).

Ce projet pousse à la reconnaissance comme « normales » et parfaitement respectables de ce qui n’était jusqu’alors considéré que comme des « situations irrégulières » ou des cas difficiles de cohabitation conjugale. L’exception, la déviance, l’échec dans la maturation sexuelle sont désormais proposés comme des "styles de vie" légitimes que les autorités publiques se doivent de respecter et même d’aider.

En analysant les écrits, discours, déclarations inspirées de ce courant anti-famille, on peut ramener les thèses de ce mouvement à trois :
1) la famille n’est pas vue comme un bien nécessaire ;
2) la famille est dite incertaine, indéfinissable ;
3) la famille est présentée comme un consensus social modifiable.

[1] Georges Pompidou, discours au 25° anniversaire de l’Union Nationale des Associations Familiales, journal Le Monde du 6-7 décembre 1970.