Une étude du Population Council montre que, entre les premières années 1970 et le milieu des années 1980, le nombre de foyers monoparentaux a fortement augmenté dans le monde entier, passant par exemple de 13% à 24% aux Etats Unis.
1) Un vide qu’occupent les médias
Le phénomène des familles monoparentales ne peut avoir que de graves conséquences sur la société : « Si ces tendances persistent », dit Mr Tarschys, spécialiste des questions familiales au Conseil de l’Europe, « la société dans son ensemble, dans quelque temps, ne fonctionnera plus de façon effective ».
D’autant plus que, alors que les parents se désengagent de leurs responsabilités et rechignent aux sacrifices de temps et de loisirs pour leurs enfants, d’autres facteurs viennent combler ce vide dans la vie de l’enfant, qui ne sont pas toujours des meilleurs : un rapport des Nations Unies, paru il y a deux ans, souligne le fait que les médias représentent la source d’influence principale dans la vie des jeunes enfants de la région du Pacifique Asiatique. Le rapport ajoute que ceci est « le résultat du déclin de la famille comme lieu principal de la socialisation ». Pour beaucoup d’observateurs, cet impact des médias sur les enfants - et souvent les très jeunes enfants -conséquence de l’instabilité familiale, est très préoccupant.
2) Conséquences sur les jeunes
Cet état de fait, l’instabilité croissante de la famille, la diminution du temps consacré par les parents à leurs enfants, la fréquente absence d’un des parents, et le comblement du vide parental par les médias ou par les groupes juvéniles plus ou moins aliénés vis à vis de la société, n’est pas sans conséquences graves. Celles ci sont difficiles à mesurer et à faire entrer dans des statistiques puisqu’il s’agit de déficits en qualités humaines.
Faute de pouvoir mesurer les manques psychologiques et affectifs entraînés, chez les enfants, par les démissions parentales, on en est réduit à regarder les statistiques des crimes, suicides et délits juvéniles, d’un côté, les déficiences scolaires et physiques de l’autre, et, entre les deux, les files d’attente des jeunes chez les psychologues et psychiatres. Moyennant quoi ce qu’on découvre est malheureusement plus que significatif: avec le désengagement des parents de leur rôle éducatif, c’est la personnalité même des enfants qui se trouve atteinte, et parfois de façon grave.
Les Américains sont maintenant convaincus du lien qui existe entre la dégradation des conditions familiales dans leur pays et les statistiques criminelles qui montrent qu’en une génération les Etats Unis ont connu une multiplication par trois des suicides chez les adolescents et des homicides juvéniles, une multiplication par deux des délits juvéniles en général et une chute impressionnante des résultats aux examens d’entrée dans les collèges.
La privation de la figure paternelle, qui caractérise la plupart des foyers monoparentaux, retentit sur l’ensemble du développement de la personnalité de l’enfant. Les garçons dont le père a été absent du foyer familial occupent la position la plus basse sur une échelle de divers indices de développement moral. Un rapport étroit entre père et fils valorise non seulement le développement moral de l’enfant mais aussi son développement intellectuel. Les garçons qui ont eu un contact quotidien d’au moins deux heures avec leur père obtiennent de meilleures notes à l’école et les résultats de leurs tests scolaires sont d’environ une année supérieurs à leur niveau. A l’inverse, les résultats des tests accomplis par des garçons qui ont eu peu de contact avec leur père sont au dessous de leur niveau et leurs notes en classe sont médiocres ou insuffisantes [1].
Des études ont montré que 50% des adolescents qui ont tenté un suicide et pratiquement autant de ceux qui l’ont réussi provenaient de familles où le père était absent. Une étude faite sur 47.000 élèves des écoles publiques dans 121 communautés des Etats Unis a montré que les enfants de parents seuls encourent plus de risques sur le plan de leur santé que les autres. Ils se suicident aussi plus deux fois plus facilement [2].
Urie Bronfenbrenner examinant les résultats d’une étude portant sur les enfants de familles monoparentales montre que les enfants qui grandissent dans des familles où le père est absent ont un plus grand risque de rencontrer des problèmes éducatifs, avec indolence ou hyperactivité, manque d’attention ou mauvaise conduite en classe, mauvais résultats scolaires, absentéisme, abandon de l’école, participation à des groupes de pairs socialement aliénés. Ces enfants expérimentent plus fortement le « syndrome de l’adolescent » - consommation d’alcool, tabagisme, expériences sexuelles précoces et fréquentes, attitude cynique face au travail, grossesses juvéniles, et, dans les cas les plus graves, usage de la drogue, violence, vandalisme, actes criminels, suicide. Ces symptômes sont plus prononcés chez les garçons que chez les filles [3].
Wallerstein et Kelly ont étudié sur quinze ans un groupe de familles divorcées. A l’annonce du divorce à venir, 90% des enfants éprouvèrent choc, douleur opprimante et peur. Tout de suite après le divorce les deux tiers des enfants, en particulier les plus jeunes, ressentaient l’absence du père avec une intensité qualifiée d’« émotionnante’ par les auteurs. Cinq années après le divorce 37% des enfants étaient modérément ou gravement déprimés, profondément malheureux et mécontents de leur vie, et leur état de tristesse était plus fort que une année et demi après le divorce. Dix ans après le divorce 41% des enfants se trouvaient dans des conditions défavorables face à la vie, dans laquelle ils entraient comme de jeunes adultes soucieux, au rendement inférieur à la moyenne, un sentiment d’autodépréciation et parfois de rage envers eux-mêmes [4].
[1] Biller H., Fathers and Families: Paternal Factors in Child Development, Westpost, CT, Auburn House, 1993, pp.70-71
[2] "Study finds greater risks in single-parent families", Washington Times, July 10 1993
[3] U. Bronfenbrenner, "Discovering What Families Do" in Rebuilding the Nest. A new commitment to the American Family, David Blankenhom, Steven Bayme, Jean Elshtain (edz) , Milwaukee, WI, Family Service America, 1990, p.34.
[4] Wallerstein J. and Kelly J., Surviving the Breakup: How Children and Parents Cope with Divorce, New York, Basic Books, 1980.