La famille est cependant plus qu’une institution naturelle, une « société souveraine » antérieure à l’Etat, garante de la stabilité et de la survie de toute communauté humaine. Elle est un bien.
La sagesse humaine, la réflexion philosophique, l’expérience historique et culturelle des peuples concourent pour souligner tout ce que l’espèce humaine doit à la famille, et l’immense danger qu’il y aurait à céder à l’illusion des chantres de l’amour libre et irresponsable, et à laisser l’institution familiale se désagréger.
En 400 ap. J-C. St Augustin composa un livre, le De bono coniugali, fondamental pour notre réflexion sur le mariage et la famille. Avant toute réflexion théologique, Saint Augustin y affirmait la bonté intrinsèque du mariage sur les bases fermes de l’Ecriture Sainte (De bono coniugali, III, 3), et s’attachait à en rendre compte par la seule raison naturelle.
St Augustin nous fait d’abord remarquer que la bonté originelle de l’union de l’homme et de la femme est enracinée dans la « société naturelle » (naturalem... societatem) que crée cette union. Ce ne sont pas les enfants qui sont la raison ultime de la bonté du mariage, mais l’union conjugale, la société conjugale, qui possède en elle une orientation intrinsèque à la procréation. C’est à partir de ce bien unique de l’union conjugale que l’on doit comprendre "les biens" du mariage qui sont tous intégrés dans ce bien unique dont ils découlent. Ces biens, St Augustin les ramasse au chapitre XXIV de son livre en une brève formule: Haec omnia bona sunt, propter quae nuptiae bonae sunt: proles, fides, sacramentum (« Voilà donc les biens du mariage: les enfants, le pacte de fidélité, le sacrement »).
Les « biens du mariage » - proles, fides, sacramentum - ne constituent pas, pour l’évêque d’Hippone, des légitimations extrinsèques au mariage. Ils ne sont pas les « fins » du mariage. Ils sont les raisons intrinsèques, ontiques de la bonté de ce mariage. Ces trois biens sont d’ailleurs analysés par Saint Augustin comme constituant « le bien du mariage »: le singulier est important; il veut dire qu’il ne s’agit pas de trois biens différents, autonomes, ou même complémentaires, mais qu’ils sont indissociables dans la réalisation du bien du mariage.
Devant la crise de la vérité et des valeurs, il est nécessaire de rappeler que la communauté de vie et d’amour qu’est la famille constitue un bien. Ceci fut solennellement proclamé par le Concile Vatican Il: l’institution du mariage, fondée par ordonnance divine, comme un lien sacré, qui ne dépend pas de l’arbitre humain, a en vue « le bien commun des époux, des enfants et de la Société » (Gaudium et Spes n°48).