L’Eglise nous rappelle, si besoin en était, que la famille est une institution naturelle, fondée par Dieu, antérieure à toute autre institution humaine. C’est d’ailleurs ce que nous disent les lignes suivantes, qui ne doivent elles mêmes rien à l’Eglise ou à la pensée biblique:
« L’amitié (ici on dirait plutôt aujourd’hui l’amour) entre mari et femme se reconnaît, est naturelle: l’homme, de fait, est naturellement plus incliné à vivre en couple qu’à s’associer politiquement, parce que la famille est antérieure et plus nécessaire que l’Etat»... « Les parents aiment leurs enfants, de fait, parce qu’ils les considèrent comme une partie d’eux-mêmes, et les enfants aiment leurs parents parce que c’est en quelque sorte d’eux qu’ils viennent » (...) « c’est pour cette raison que les époux sans enfants se séparent plus rapidement: les enfants, en effet, sont un bien commun aux deux, et ce qui est commun maintient unis ».
On aurait tendance à penser que ce sont là des considérations anthropologiques et pastorales récentes, fleuries dans le jardin de l’Eglise. Mais là se manifeste dans toute sa force ce qui est à reconnaître comme naturel: ces lignes en effet appartiennent à l’Ethique à Nicomaque (VIII,12), écrite entre les années 366 et 345 av. J-C. Il y a donc une pérennité de la famille, fondée, comme le signifie le texte d’Aristote, sur la nature de l’homme elle-même, qui le pousse à entrer dans une union stable et permanente avec son conjoint de l’autre sexe, et à aimer et éduquer les enfants naissant de cette union. Il faut accepter le fait qu’elle est une constante, une structure permanente, une réalité de fait, universelle, qui a toujours existé et dont on ne peut préciser historiquement le commencement pas plus qu’on ne peut en prédire la fin. Les sociologues admettent d’ailleurs comme valide et suffisante la définition qu’en donne Lévi-Strauss: « La famille est une union plus ou moins durable, socialement approuvée, d’un homme et d’une femme et de leurs enfants ».
Les alternatives que l’on a prétendu substituer à la notion de famille se sont en fait révélées inconsistantes. On a voulu nier la profondeur de cette institution naturelle qui plonge ses racines dans le dessein de Dieu, mais on n’est pas parvenu à renouveler le concept de famille, pour la simple raison qu’il ne s’agit pas d’un concept, forgé par l’homme, mais d’une vérité sur l’homme, attachée à lui depuis ses origines.
Le texte conciliaire Gaudium et Spes a pris soin de souligner dès l’entrée de son chapitre sur le mariage et la famille ce caractère d’institution naturelle du mariage, fondée par Dieu :
« La communauté profonde de vie et d’amour que forme le couple a été fondée et dotée de ses lois propres par le Créateur; elle est établie sur l’alliance des conjoints, c’est-à-dire sur leur consentement personnel irrévocable. Une institution, que la loi divine confirme, naît ainsi, au regard même de la société, de l’acte humain par lequel les époux se donnent et se reçoivent mutuellement. En vue du bien des époux, des enfants et aussi de la société, ce lien sacré échappe à la fantaisie de l’homme. Car Dieu lui-même est l’auteur du mariage qui possède en propre des valeurs et des fins diverses » (Gaudium et Spes, 48, 1)